Actualité humoristique, parodies, et tout ce qui me passe par la tête. Défense des droits de l'homme et de la liberté d'expression par un électron libre.
Bonjour,
Après les plaisanteries dominicales de l'article de ce matin, je vais vous raconter , l'histoire du Canal du Midi, si vous le voulez bien.
Ce canal a été classé au "Patrimoine Mondial" par L'UNESCO en 1995. Terminé en 1681, il fonctionne encore, avec les systèmes imaginés à l'époque. Aujourd'hui il n'est plus utilisé que pour le tourisme fluvial avec plus de 50 000 visiteurs, notamment des anglais. En lisant ces lignes, ayez à l'esprit qu'à l'époque tout se faisait à la pelle, à la hotte et à la brouette. Sa construction a duré 14 ans. Il fut crée afin de transporter les marchandises entre Toulouse et la Méditérannée. Ce qui était moins onéreux et plus rapide que part la route. Il suffisait d'un cheval, d'un matelot pour tirer la péniche sur le chemin de halage. Par la route, il fallait changer, entretenir les attelages, sans compter les roues qui se brisaient. Pour envoyer ou recevoir des marchandises d'Aquitaine, il y avait aussi la mer. Mais cela obligeait de passer par le détroit de Gibraltar, d'avoir affaire aux pirates de la côte marocaine ou aux tempêtes de l'Atalantique. 
Voila Béziers, ma ville natale et surtout celle de Pierre-Paul de Riquet de Bonrepos. Au premier plan, c'est le pont vieux qui enjambe l'Orb, fleuve dont j'aurai l'occasion de reparler car sa route croise le canal à Béziers.
Voici la statue de Paul Riquet qui trône au milieu des Allées du même nom. La tradition veut qu'on le descende une fois par an. Oui, pour le faire pisser. Désolé c'est une vieille blague à touristes.
Les romains avaient déjà envisagé de creuser un canal pour relier la mer Méditérannée à l'océan Atlantique. Mais ils avaient sans doute d'autres travaux de romains à faire. En 1614, un certain Bernard Arribat avait proposé un projet dont s'était moqué le procureur du roi : François-Guillaume de Riquet, père de Paul. Ce dernier 40 ans plus tard est nommé fermier général de la gabelle. Il fait un bon mariage ce qui augmente sa fortune due aux bénéfices de sa charge. En excerçant la-dite charge, il constate en parcourant le terroir, le délabrement du réseau routier. Un jour qu'il flanait dans la Montagne Noire, il repensa au projet de Bertrand Arribat et se dit que cela était possible si on prenait l'eau dans la montagne. Il trouve le seuil de Naurouze à 190 mètres de hauteur entre Villefranche de Lauragais et Castelnaudary. Il imagine un barrage pour stocker l'eau de la montagne à St Ferréol (6 300 000 mètres cubes) et la déverser par une rigole jusqu'à Naurouze où se situera le bief du canal. Un bief étant le système qui permet de réguler le débit de l'eau dans un canal en fonction des passage aux écluses. Un canal doit être étanche et avoir un débit constant. Le système fonctionne près de 400 ans après.
Paul Riquet présente son projet au ministre des finances Colbert. Celui-ci est intéréssé. A l'instar des autoroutes, les écluses auront des péages. Donc à moins d'anticiper et de créer la taxe carbone, Colbert voit là un moyen de remplir les caisses de l'état. Le trafic du canal périclitera avec l'arrivée du chemin de fer, mais en 1980, c'étaient encore 237 000 tonnes de marchandises qui transitaient sur cette voie d'eau.
Patientez les photos vont arriver.
Ayant obtenu (en amont) l'aval(c'est drôle) de Colbert, Riquet finance sur sa fortune la rigole. De 1667 à 1670, on construit le barrage de Saint Ferréol (le plus grand du monde à cette époque) et le tronçon du canal de Naurouze à Toulouse, soit 50km pour 60m de dénivelé.
En 1672 le canal est à Trèbes après Carcassonne (je vous dirai plus tard pourquoi le canal ne passe pas à Carcassonne). Jusque là pas de problèmes. Mais Riquet a choisi de passer au nord de l'Aude (le département) à flanc de colline pour mettre le canal à l'abri des crues de l'Aude (le fleuve) dévastatrices. Devant les moqueries de ses détracteurs qui n'attendent que l'échec, Riquet qui n'est plus qu'à une soixantaine de kilomètres de Sète, s'énerve et investit toute sa fortune personnelle (on ne pensait pas aux fausses factures à l'époque). Peu avant Narbonne, il construit sur le ruisseau de la Répudre un pont sur lequel passera son canal devant les populations ébahies qui voyaient un cours d'eau passer au-dessus d'un autre.
Juste avant Béziers, nouveau défi, une colline bloque le passage.

Cette colline est haute et composée d'une roche trés friable. Creuser une tranchée : non car tout s'effondrerait et boucherait le canal les jours de pluie. Riquet décide de creuser un tunnel (photo) celui du Malpas (à coté du site gallo-romain d'Ensérune à voir si vous venez à Béziers). Mais les accidents se multiplient. Riquet imagine une nouvelle technique. 300 ans avant les ingénieurs "modernes", il invente le coffrage glissant, solidifiant et cimentant la voûte du tunnel au fur et à mesure du creusement.
Riquet arrive alors aux portes de Béziers et c'est le dernier défi : 300 mètres de longueur avec 22 mètres de dénivelé !! . A descendre et à remonter (sans EPO) dans l'autre sens. Riquet construit donc la première échelle d'écluses. Neuf au total ou 10 si on compte les portes. Ainsi les bateaux franchissent 22 mètres de hauteur en restant à l'horizontale ce qui élimine le mal de mer, chez nous on dit "mal de canal".

La photo n'est pas géniale, là vous pouvez "voir" une des neuf écluses.
N'étant pas à une innovation prés, comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, Riquet construisit des bassins d'écluses ovales plutôt que rectangulaires, qui maintiennent mieux la poussée de l'eau et permettent de mettre plusieurs péniches plus facilement et économiser de l'eau les jours de gros trafic. Les portes sont réparées éventuellement tous les 20 ans, les ouvrages de maçonnerie sont d'époque jusqu'à la moindre pierre.
Le canal est bien sur vidangé par les voies navigables de France. Les VNF construisirent en 1990, une "pente d'eau mécanique" avec 2 motrices qui pousse une masse d'eau sur laquelle se trouve une péniche. Cela n'a jamais fonctionné correctement et donc abandonné. Donc si vous venez voir les 9 écluses, vous pourrez épater la galerie si autour de vous certains se demandent "c'est quoi ce tas de ferraille ? ". Pensez aussi à amener du pain pour les canards amusants et instructifs à regarder. Chaque canard à sa cane, si il y en a un qui a le démon de midi et est tenté par l'adultère, il se fait voler dans les plumes. A la tombée du soleil les canes rassemblent leurs canetons avec des coin-coin retentissant, que l'on peut traduire en canard moderne par " fini la trempette, y a les devoirs à faire avant de bouffer"
Poursuivons la visite et l'histoire.
Riquet construisit à Agde, une écluse ronde (unique au monde) qui permet soit d'aller à Sète en continuant sur le canal, soit de rejoindre la mer en naviguant sur l'Hérault.
Le canal fut achevé en 1681. Paul Riquet n'a jamais vu son chef d'oeuvre terminé, il est décédé à Toulouse en 1680. Il ne fut donc pas présent pour son inauguration, où toujours les mêmes s'offrirent une croisière de 10 jours au frais de qui vous savez.....
Je termine cette visite avec diverses histoires. La photo ci-dessous représente le pont-canal. Après les écluses le canal empruntait l'Orb avant de retrouver son itinéraire. N'ayant pas vu son canal fonctionner au fil des saisons, Riquet ignorait les problèmes que l'Orb fleuve fantasque allait engendrer : crises à chaque violent orage ou sécheresse l'été. Chez nous le moindre ruisseau peut s'avérer dangereux en cas de fortes précipitations. Cela semble impossible lorsqu'on voit autour de Béziers de modestes ruisseaux où les grenouilles arrivent à peine à se tremper les pieds l'été. S'il pleut en quelques heures l'équivalent de quelques jours, dans les petites routes à travers vignes, on a vite fait de se faire emporter en voiture ou 4X4.
Afin de gérer les humeurs de l'Orb, le pont-canal fut construit en 1857 pour assurer la continuité du trafic fluvial en toute saison.
Toulouse était alors le terminal nord du canal. On transbordait la cargaison des chalands de la Garonne sur les péniches beaucoup plus légères. Puis on creusa le canal latéral à la Garonne, long de 193 km jusqu'à Castets en Dorthe, avant Bordeaux (pourquoi je ne sais pas, je suis un sudiste du sud pas un sudiste du sud-ouest).
Le canal passe à 2km de Carcassonne. Les élus locaux ne voulaient pas mettre la main à la poche. Il fallait 100 chariots pour décharger une péniche. Cela faisait du boulot et revenait cher. Un siècle plus tard, en 1787, la ville décida de modifier le tracé et de créer un port artificiel.
Pour avoir de la main d'oeuvre, Riquet débaucha des ouvriers agricoles en leur offrant le double de ce qu'il gagnaient par jour. Puis 10 livres par mois ce qui était environ 4 fois plus que ce qu'ils pouvaient éventuellement gagner aux champs où ils étaient payés à la tâche. Ce salaire était fixe par mois, même en cas d'intempéries, de maladie et avec le dimanche en repos. Cela se passait en 1669...........................
En 1665, 1000 ouvriers travaillaient à la construction du canal, ils étaient 10 000 deux ans plus tard. Paul Riquet faisait mieux que Paul Lemploi.
Autres bonnes idées à méditer :
Dans les siècles passés, il était de tradition de toujours marier la nature aux ouvrages. D'oû les forêts domaniales, les parcs merveilleux, et les routes nationales bordées de verdure. Le canal n'a pas dérogé à cette règle. On a planté des milliers d'arbres (près de 100 000), notamment des platanes devenus immenses aujourd'hui. De plus l'entrelac de racines permet de retenir la terre, de lutter contre l'évaporation de l'eau et de protéger du soleil les mariniers et les chevaux de halage.
Si vous apercevez des cyprès, c'est que vous vous trouvez dans une zone venteuse. Les cyprès ont un feuillage dense près du sol, cela fait office de pare-vent naturel et les fortes bourrasques ne bousculent pas les bateaux.
Tout ces arbres font partie du domaine public et donc intouchables.
Voila, j'espère que cette visite vous a plu. Je ne me suis pas étendu sur les techniques de fonctionnement. Ce n'est pas un cours et voir fonctionner une écluse est plus explicite que des lignes barbantes de Pipolin. J'ajouterai seulement que Paul Riquet avait créé également un système de rigoles pour évacuer vers un fossé le sable, la vase. Parfois si le profil s'y prête, la rigole passe sous le canal et va se déverser par simple gravité dans la rivière la plus prôche. On appelle ceci "rigole de ceinture" ou "contre-boths". Ce système est encore usité de nos jours lors de la construction d'autoroute.
Merci pour votre lecture.
AMITIES A TOUTES ET A TOUS
PIPOLIN